Douleurs d’épaules guitare et basse (posture)

Écrit le 28 février 2026 - 31 vues

Les douleurs d’épaules à la guitare et à la basse sont souvent liées à une mauvaise posture plus qu’au poids de l’instrument. En optimisant l’alignement de la colonne et l’organisation des omoplates, il est possible de réduire les tensions et de jouer plus longtemps sans douleur.



Douleurs d’épaules à la guitare et à la basse : mieux comprendre pour mieux jouer

Par Xavier Mallamaci, kinésithérapeute spécialisé dans l’accompagnement des musiciens

Les douleurs d’épaules, de trapèzes ou entre les omoplates sont extrêmement fréquentes chez les guitaristes et bassistes. Contrairement aux idées reçues, le problème ne vient pas uniquement du poids de l’instrument ou du fait de jouer longtemps, mais surtout de la manière dont le corps s’organise pour le supporter. À travers son travail auprès des musiciens, Xavier Mallamaci constate que ces douleurs sont très souvent liées à des stratégies de compensation inefficaces et à une méconnaissance du rôle réel de la posture.

Une asymétrie qui n’est pas forcément un problème

Il est essentiel de distinguer l’asymétrie des membres supérieurs de celle du rachis. L’asymétrie des bras n’est pas problématique en soi. Un guitariste ou un bassiste travaille nécessairement dans des positions asymétriques, et le corps sait parfaitement les gérer. En revanche, la colonne vertébrale — cervicale comme dorsale — doit rester la plus symétrique possible. Une colonne bien alignée, sans courbures excessives ou peu naturelles, constitue une structure suffisamment solide pour permettre aux bras d’évoluer librement. Ce n’est donc pas l’asymétrie des bras qu’il faut éviter, mais celle du rachis, qui doit rester organisé et stable pour supporter l’activité des membres supérieurs.

L’oublié majeur : l’ancrage au sol

Lorsque l’on parle de posture, on pense immédiatement aux épaules, mais l’élément fondamental reste le contact avec le sol. L’objectif de l’ancrage n’est pas seulement de stabiliser la colonne, mais surtout de la tonifier. Un ancrage efficace déclenche un réflexe neurologique automatique qui active une série de petits muscles profonds autour de la colonne vertébrale. Ces muscles ne sont ni visibles ni contrôlables consciemment, mais ils assurent la solidité du rachis. En utilisant correctement les appuis au sol, cette tonicité s’installe sans effort volontaire et rend la colonne beaucoup plus stable. C’est ce socle qui permet ensuite de mieux gérer le poids de l’instrument et l’asymétrie des bras.

Pourquoi les douleurs apparaissent

Lorsque la stabilité fait défaut, le corps met en place des compensations. Les muscles des épaules, des trapèzes et de la région interscapulaire ne sont pas conçus pour soutenir un effort prolongé. Ce sont des muscles capables de produire une force importante sur un temps court, mais peu endurants. Lorsqu’on leur demande de travailler longtemps, ils se fatiguent rapidement. Face à cette fatigue, le corps adopte des positions qu’il perçoit comme moins douloureuses sur le moment : épaules enroulées, épaules surélevées, dos figé. Ces positions semblent soulager temporairement, mais elles restent mécaniquement défavorables. Les muscles restent en difficulté et la douleur s’installe. Il devient alors nécessaire de créer un relais vers une organisation plus physiologique et plus durable.

La clé : omoplates écartées et épaules non surélevées

Il est important de préciser que l’on ne cherche pas à abaisser activement les omoplates. Chercher à les tirer vers le bas volontairement est fatigant et peu tenable dans le temps. L’objectif est simplement d’éviter qu’elles soient hautes. On laisse les épaules à leur hauteur naturelle, sans les hausser. L’abaissement est donc passif. En revanche, l’écartement des omoplates doit être conscient et clair. Cet écartement limite la sursollicitation des muscles situés entre elles et améliore la stabilité de l’épaule sans créer de tension excessive.

L’exercice indispensable : la poussée des coudes

Le grand dentelé joue un rôle central dans cette organisation. C’est l’un des muscles majeurs permettant l’écartement des omoplates sans abaissement actif. De plus, sa structure lui confère une meilleure capacité d’endurance et de maintien dans le temps. Un exercice simple permet de l’activer efficacement :

Il ne s’agit pas d’un effort maximal, mais d’une activation modérée. Cet exercice peut être utilisé avant de jouer, lors de l’apparition d’une tension ou même dans la vie quotidienne.

Créer une posture de référence, pas une posture figée

L’objectif n’est pas de maintenir une posture idéale en permanence. Il s’agit plutôt de définir une posture de référence. Cette position devient une sorte de “maison” biomécanique : un point de retour permettant au corps de récupérer et d’économiser de l’énergie. Il est tout à fait possible de sortir temporairement de cette organisation, d’enrouler une épaule ou de lever les bras, tant que cela reste bref. Si l’on revient régulièrement à cette posture de référence, les muscles peuvent se relayer et éviter l’installation de la douleur. Ce n’est pas la rigidité qui protège, mais la capacité à osciller intelligemment autour de cette référence stable.

Conclusion

Les douleurs d’épaules chez les guitaristes et bassistes ne sont pas une fatalité. Elles résultent le plus souvent d’une organisation posturale inefficace et d’une mauvaise répartition de l’effort musculaire. En travaillant l’ancrage au sol, la stabilité du rachis et l’écartement des omoplates grâce à des muscles endurants comme le grand dentelé, il devient possible de jouer plus longtemps, avec davantage de confort et moins de douleur.

À bientôt, ici ou ailleurs !

Chrys