Écrit le 30 août 2025 - 179 vues
Figure incontournable de la batterie moderne, Simon Phillips a marqué l’histoire du rock, du jazz et du fusion par son jeu puissant et raffiné. De Judas Priest à Toto, en passant par The Who, il a imposé un style unique et influent. Retour sur le parcours d’un musicien total devenu une véritable légende vivante.
Il y a des musiciens dont le nom évoque instantanément la virtuosité et l’élégance. Simon Phillips en fait partie. Né à Londres en 1957, il grandit au son du jazz grâce à son père, Sid Phillips, clarinettiste et chef d’orchestre. Très tôt, il découvre que sa place est derrière les fûts. À seulement 12 ans, il joue déjà dans l’orchestre familial et enchaîne les concerts avec des musiciens adultes, comme si cela allait de soi. On raconte que lors de ses premiers passages à la BBC, on devait lui fournir une caisse claire adaptée à sa taille car il n’atteignait pas encore bien le matériel standard. Mais ce jeune batteur dégageait déjà une présence rare, un mélange de discipline et d’instinct qui le suivra toute sa vie.
Lorsque son père décède, Simon prend un virage. À 16 ans, il quitte le cocon familial pour se lancer seul. Il décroche une place dans la comédie musicale Jesus Christ Superstar. C’est une expérience fondatrice : soir après soir, il apprend la rigueur, la précision et le rôle de la batterie dans un spectacle où chaque tempo conditionne l’énergie de la scène. Plusieurs musiciens se souviennent de ce gamin réservé qui, une fois derrière son kit, dégageait une assurance presque déconcertante.
À la fin des années 70, Simon devient le “session man” le plus recherché d’Angleterre. Jeff Beck, Pete Townshend, Peter Gabriel, Frank Zappa, Brian Eno… Tous veulent de ce batteur capable de transformer un morceau par son groove sans jamais en voler la vedette. En 1977, il enregistre avec Judas Priest sur Sin After Sin. Anecdote marquante : le groupe voulait un son plus lourd et puissant, Simon propose d’utiliser une double pédale. Les musiciens sont d’abord sceptiques, mais après quelques prises, c’est une évidence. Ce geste, presque anodin, va marquer un tournant dans l’histoire du heavy metal.
En 1989, The Who prépare une grande tournée américaine et cherche un batteur. Simon est appelé. Le défi est immense : prendre place sur le siège occupé autrefois par Keith Moon, figure légendaire et incontrôlable. Mais Simon, avec sa maîtrise et son énergie, relève le pari. Sur scène, il raconte avoir ressenti une déferlante d’adrénaline en attaquant les premières mesures de Baba O’Riley devant un stade rempli. Les fans étaient exigeants, mais il a su trouver le juste équilibre entre hommage et personnalité.
Puis vient 1992. Le monde du rock pleure la disparition brutale de Jeff Porcaro, batteur de Toto. Le groupe choisit Simon Phillips pour lui succéder. La tâche est délicate : remplacer un ami et une icône. Mais Simon s’intègre avec humilité et devient un pilier du groupe pendant plus de vingt ans. En tournée avec Toto, il transporte un kit monumental, presque une œuvre d’art sonore. Les coulisses racontent que pendant les balances, il passait des heures à régler chaque fût pour que l’acoustique des salles soit parfaite. Les musiciens plaisantaient en disant qu’il était autant ingénieur du son que batteur.
Sur scène, il offrait toujours une énergie incroyable. Lors d’un concert en Amérique du Sud, une coupure de courant a plongé la salle dans le noir total. Le reste du groupe a dû s’arrêter, mais Simon a continué un solo de batterie acoustique, guidant le public qui tapait des mains en rythme. Quand l’électricité est revenue, l’explosion d’applaudissements a confirmé à quel point il savait tenir un public, même seul face à des milliers de personnes.
En parallèle, Simon poursuit ses propres projets, notamment avec sa série d’albums Protocol. Là, il se libère des contraintes commerciales pour explorer des territoires où le jazz fusion rencontre le rock progressif. Dans son studio Phantom Recordings, qu’il a construit à Los Angeles, il enregistre et produit lui-même. On dit que son perfectionnisme est tel qu’il peut rejouer la même prise des dizaines de fois pour obtenir la nuance exacte qu’il a en tête.
Son style reste reconnaissable entre mille. Puissance et finesse, technique et émotion : Simon Phillips incarne cet équilibre rare. Il joue souvent en “ouvert”, utilisant la main gauche en lead, ce qui lui donne une liberté rythmique unique et une orchestration surprenante sur son kit toujours impressionnant. Ses influences vont de Buddy Rich à Tony Williams, en passant par Billy Cobham, Steve Gadd, Ian Paice ou encore John Bonham. Mais au-delà de ses inspirations, il a forgé un son propre, une identité musicale que l’on retrouve dans toutes ses collaborations.
Aujourd’hui encore, Simon Phillips continue de tourner, d’enregistrer et d’enseigner. Il a été intronisé au Hall of Fame de Modern Drummer en 2003, a reçu plusieurs récompenses pour ses albums Protocol, et reste une référence absolue pour les batteurs du monde entier. À plus de 65 ans, il est toujours animé par la même énergie et la même passion que le jeune adolescent qui battait la mesure dans l’orchestre de son père. Simon Phillips n’est pas seulement un batteur virtuose : il est une légende vivante, un musicien total qui a su transcender les styles pour laisser une empreinte durable dans l’histoire de la musique.
À bientôt, ici ou ailleurs !
Chrys