Écrit le 15 décembre 2025 - 1243 vues
Dans son atelier de Naples, Gaetano Costanzo façonne des instruments uniques où savoir-faire, précision et innovation se rencontrent. Entre tradition artisanale et recherche sonore, il crée basses, guitares et modèles spéciaux pour musiciens exigeants. Immersion dans l’univers d’un luthier qui place le musicien au cœur de chaque création.
Dans l’agglomération napolitaine, au numéro 58 de la via Gabriele Cirillo, un petit atelier vibre au rythme régulier des rabots, des aimants et des bobines de cuivre. C’est là que travaille Gaetano Costanzo, artisan dont la réputation grandit loin des projecteurs mais au cœur des scènes musicales italiennes. Luthier par vocation tardive mais passion ancienne, il a bâti son savoir-faire à force d’expériences, d’essais, d’erreurs assumées et d’une obsession : créer des instruments qui respirent l’élégance, la légèreté et la musicalité.
Rien ne destinait réellement Costanzo à la lutherie, sinon l’appel irrésistible de la basse. Il débute la guitare à neuf ans, puis se tourne vers l’instrument grave pour suivre les traces de Paul McCartney. À dix-huit ans, l’idée lui vient de façon presque instinctive : fabriquer lui-même ses propre instrument. Les premiers essais sont approximatifs, mais l’envie devient moteur. Les ouvrages spécialisés s’accumulent, les nuits d’expérimentation aussi.
Le tournant survient lorsqu’il croise Carlo Mazzaccara, figure incontournable de la lutherie traditionnelle. Pendant deux ans, ce mentor lui transmet méthodes artisanales, secrets de fabrication de mandolines, minutie à l’ancienne. Une formation exigeante qui élève son niveau, tout en l’aidant à puiser dans ses origines pour développer sa propre identité sonore.
Aujourd’hui, son atelier produit une large palette de basses, guitares électriques, acoustiques, barytons, sans oublier quelques mandolines électriques. Chaque instrument est construit avec une logique cohérente, presque architecturale.
Pour l’accastillage, il privilégie les mécaniques Gotoh, mais s’adapte volontiers aux préférences Schaller ou Hipshot. Les chevalets de basse sont entièrement fabriqués maison, en laiton brut, puis plaqués or, chromés ou thermolaqués.
L’électronique est un chapitre à part entière : Costanzo bobine lui-même ses micros, utilisant exclusivement des aimants Alnico V et du fil de cuivre émaillé à double isolation, calibre AWG 42 à 44 selon le voicing souhaité. Les circuits actifs sont réalisés sur mesure par un ami technicien, garantissant une cohérence parfaite entre l’acoustique, la mécanique et le cœur électrique de l’instrument.
Pour lui, un instrument réussi repose sur trois fondamentaux : légèreté, jouabilité, esthétique. Rien de superflu, rien d’ornemental sans fonction. Son travail est une conversation continue avec chaque musicien. Certains arrivent avec une vision sonore précise, d’autres avec un dessin griffonné. Dans tous les cas, luthier et client définissent ensemble les bois, l’électronique, la forme. Une fois les plans réalisés à l’échelle 1:1, les gabarits prennent forme et la construction commence.
Les délais oscillent entre deux et quatre mois selon la complexité, et l’atelier assure aussi réglages, réparations et ajustements. Sa clientèle va de l’amateur exigeant au professionnel chevronné, mais chacun bénéficie de la même écoute.
Son conseil aux musiciens est limpide : jouer jusqu’à sentir si l’instrument s’adapte à eux. “La bonne lutherie doit libérer, jamais contraindre”
Son œuvre la plus récente témoigne de son esprit inventif : la Piccolo Contra, une basse semi-acoustique pensée pour offrir la profondeur de la contrebasse… sans l’imposante silhouette. Le projet est né grâce aux échanges avec maestro Dario Deidda et Rosaire Riccobono, figure de proue de l’expérimentation musicale. Résultat : un instrument hybride, singulier, pensé pour les bassistes qui cherchent une nouvelle dimension sonore et une mobilité accrue.
Pour Costanzo, l’avenir n’a rien de figé. De nouveaux outils, de nouvelles solutions, peut-être de nouveaux formats d’instruments : tout reste ouvert tant que l’exigence artisanale demeure intacte.
Ceux qui souhaitent le rencontrer peuvent pousser la porte de son laboratoire napolitain ou le contacter via ses pages sociales. Derrière le bois, le métal et le cuivre, on découvre un artisan qui défend une vision généreuse : celle d’un instrument comme prolongement naturel du musicien, façonné avec patience, écoute et précision.
Photos : Pascal Vicart
À bientôt, ici ou ailleurs !
Chrys